le fauteuil de la 80P

Incrédulité totale de cette dame à l’écoute du diagnostic.

Son corps ne peut pas la trahir de la sorte, elle va guérir, on va la guérir.

Même incrédulité renforcée par le sentiment profond de sa solitude dans la Vérité, un mois après.

Déjà qu’on ne fait rien sur ce qui la paralyse, on devrait quand même bien éliminer ce primitif qui lui mangerait le poumon.

Un fauteuil roulant à elle, personnel, son propre fauteuil roulant? Quelle idée saugrenue, comment peut-on lui proposer un tel achat?

Mais qui pourra lui dire qu’elle en aura encore besoin dans trois mois? Hein, qui?

(Vous ne croyez pas si bien raisonner, ma bonne dame.)

Comment ne pas comprendre ce refus de faire sien un pareil avenir? Comment ne pas partager ce besoin d’inconnu, cette mise à distance d’une issue aussi fatale que proche?

Paraplégique sur un lit d’hôpital, les vertèbres griffées de pinces silencieuses, un poumon boursoufflé des mêmes cicatrices, elle voudrait rire au nez de tous ces blancs prophètes, elle voudrait qu’ils écoutent ce qu’elle a à leur dire, qu’ils comprennent qu’elle a la maitrise , toujours, encore.

Au moment de parler, c’est sa voix qui déraille, la douleur qui revient. Elle se tait et pleure.

S’il n’y a rien à avancer, elle veut bien du fauteuil. S’il est bien pour elle. Et une location?

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